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2013-05-12 Didier Fessou - Le temps des femmes

(Québec) Bonjour, mes belles dames! C'est votre fête, aujourd'hui, et je vous en félicite. Vous arrivez de loin, vous avez réussi à prendre toute votre place dans la société et, demain, le monde appartiendra à vos filles. Chapeau bas!

Mais sachez que les hommes, eux, sont loin d'être à la fête. Dans leur cas, on pourrait même parler d'un enterrement de première classe.

Vous savez à quel point l'image des hommes québécois dans la publicité, dans les médias, dans la vie en général est pathétique et pitoyable. C'est devenu pareil aux États-Unis et en Europe. Et ça commence à faire tache d'huile dans certains pays asiatiques comme le Japon, la Corée du Sud ou Taïwan.

Un système matriarcal est en train de se mettre en place parce que la civilisation post-industrielle n'a que faire des gros muscles. C'est la fin de 40 000 ans d'histoire. La guerre des sexes a été plus efficace que la lutte des classes! 

Quand ils évoquent cette réalité, les sociologues américains parlent de «récession masculine».

Une journaliste du magazine Atlantic, Hanna Rosin, publie un essai de 192 pages sur cette fameuse récession : The End of Men. Le titre a le mérite d'être clair et net.

Si clair et si net que l'éditeur de la version française, Autrement, ne s'est pas donné la peine de le traduire. Seule concession, le sous-titre : Voici venu le temps des femmes.

Tous, hommes et femmes, auraient intérêt à lire ce livre. Les hommes, pour se rendre compte à quel point ils sont hors-jeu. Les femmes, pour prendre la mesure des responsabilités qui leur incombent.

Comment en est-on arrivé là? Très simple. La nature de l'économie, donc du travail, a changé : plus de travail intellectuel et moins de travail manuel. À ce jeu-là, les femmes ont une longueur d'avance parce qu'elles sont mieux éduquées.

L'éducation, tout est là.

Près de 60 % des diplômés universitaires sont des femmes. Les hommes n'arrivent plus à suivre, même dans les filières scientifiques. Aujourd'hui, les élites éduquées sont majoritairement féminines.

Pourquoi les hommes renoncent-ils aux études? Selon Hanna Rosin, il y aurait autant d'explications que de chercheurs :

- selon les uns, le féminisme effréné aurait traité les garçons normaux comme de potentiels harceleurs;

- selon les autres, le culte machiste des gros bras et de la concurrence aurait encore de beaux jours devant lui;

- la dernière mode veut que l'on aille chercher des explications dans l'imagerie cérébrale montrant que les cerveaux des hommes et des femmes n'auraient pas la même configuration et ne fonctionneraient pas de la même manière.

Cela étant, personne n'a réussi à établir qu'il y a des différences significatives entre les processus cérébraux des garçons et des filles dans l'apprentissage de la parole, de la lecture et du calcul.

Une seule certitude : le système éducatif profite mieux aux filles qu'aux garçons.

Selon l'OCDE, cette réalité s'observe dans 27 des 34 démocraties industrielles. L'Unesco a renchéri en faisant observer que ce phénomène concerne aussi les pays moins prospères. Même le monde musulman n'y échappe pas.

La situation est telle que certaines universités américaines pratiquent discrètement une discrimination positive en faveur des... hommes!

Ce basculement historique n'est pas sans conséquence.

Les femmes éduquées, écrit Hanna Rosin, prennent leur temps pour trouver le partenaire idéal, un emploi gratifiant et bien rémunéré, et leur vie est remplie de possibilités que leurs mères n'imaginaient même pas : «Pourtant, elles ne sont pas plus heureuses. La multiplicité des choix génère des angoisses : rivalité, frustrations, peur de rater sa vie.»

Vivant à Washington et ayant enquêté sur le terrain partout aux États-Unis, la journaliste croyait naïvement que le monde de demain, régi par les femmes, se définirait par des attributs typiquement féminins : tendresse, compromis, compassion. Au fil de sa recherche, elle dit avoir pris conscience que c'était une illusion : «La féminisation de la société ne se traduit pas forcément par une douce utopie féminine.»

Le monde de demain sera tout sauf prévisible : «Les femmes sont de plus en plus agressives. Que cela s'explique par une socialisation différente des femmes ou par un malentendu sur la définition même de la féminité, il faut se rendre à l'évidence : ces stéréotypes sont caducs. Il n'y a pas d'ordre naturel des choses, seulement le constat de la réalité.»

Dans cette jungle qu'est le marché du travail, les femmes bardées de diplômes et de compétences utilisent leur sex-appeal non pour attraper un homme ou lui faire du charme, mais pour le défier sur le plan professionnel. Et le surpasser. La journaliste Helena Andrews en a fait le sujet d'un livre au titre éloquent : Être une salope, c'est tendance.

Rien d'étonnant, dans ce contexte, que l'amour soit de plus en plus perçu comme une illusion ringarde qui n'a plus sa place.

Autre sujet d'inquiétude, la chute de la natalité. Carrière et maternité sont difficilement compatibles. Ayant acquis leur indépendance, les femmes se marient plus tard et ne sont pas pressées d'engendrer.

L'évolution des mentalités est telle que les hommes sont plus nombreux que les femmes à vouloir des enfants. Selon l'anthropologue Helen Fisher, 51 % des hommes entre 21 et 34 ans veulent avoir des enfants contre 46 % des femmes.

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